Matricule gros con-11 juin 2008


NOUS continuerons notre action tant que nous n'aurons pas été entendus. Nous ne lâcherons pas! » C'est avec une force de conviction inébranlable que les I70 parlementaires du collectif Jamais sans mon département ont exprimé leur courageuse rébellion: trop, c'est trop, et en tant que représentants du peuple ils ne sauraient laisser passer de telles lois scélérates, qui attaquent au cœur notre précieuse République.
Conscients de la lourde responsabilité qui leur incombe, les élus regroupés dans Jamais sans mon département s'arc-boutent à leur indignation et s'organisent en union nationale. Quitte à braver le gouvernement et à faire voler en éclats le clivage gauche/droite: le collectif de Braves compte des personnalités politiques de tous bords, membres de l'UMP, centristes, socialistes et même communistes.
I'héroïsme de cet élan mérite d'être unanimement salué: à l'heure où Sarkozy fait voter à la chaîne des lois
fondamentales sur les institutions, la justice, remploi, l'Éducation nationale ou encore l'immigration, et ce, devant des hémicycles sous-peuplés, il en fallait du culot et de la témérité pour se dresser ainsi contre la suppression des numéros de département sur les plaques minéralogiques ... Preuve d'un sens aigu des priorités et d'une incroyable capacité à choisir les combats politiques qui valent vraiment la peine d'être menés, l'avant-gardiste collectif Jamais sans mon département a su comprendre avant les autres la dangerosité de la réforme indigne, pour ne pas dire immonde, que le gouvernement compte appliquer aux véhicules d'ici à janvier 2009.D'abord, cette <<mini-révolution>>, comme la qualifie opportunément Le Figaro, porte un fer ardent contre l'Éducation. Certes, l'information circule que 20000 postes d'enseignants seraient supprimés à la rentrée 2009, ce qui risque d'accentuer très légèrement le problème ... Mais, surtout, comment imaginer que les générations à venir reçoivent la moindre instruction en géographie si on les prive des moyens pédagogiques fondamentaux: l'apprentissage du numéro des départements sur la route des vacances, calé à l'arrière des voitures? Éliminer les professeurs est sans doute un peu gênant, mais supprimer le numéro des départements sur les plaques d'immatriculation, c'est carrément scandaleux.

L'esprit de clocher en danger
Ensuite, la mesure pose un gros problème en termes d'identité. Bien sûr, les retouches de la Constitution, que les parlementaires votent ces jours-ci, peuvent un brin participer au mal-être national. Difficile de se sentir fier d'être français lorsque la ve République coule dans le marbre son hostilité à un pays comme la Turquie ... Mais la crise sera sans commune mesure si le numéro du département disparaît des frontons automobiles: comment les Marseillais vont-ils pouvoir insulter les Parigots-têtes-de-veau s'ils ne peuvent plus identifier le <<75>> comme cible? Comment les Parisiens feront-ils pour klaxonner les ploucs et les bouseux s'ils ne peuvent plus savoir en un coup d'œil qu'ils viennent de la Corrèze ou du fin fond de la Bourgogne? A-t'on le droit de priver les Français du plaisir d'ouvrir la fenêtre aux feux rouges pour brailler « Hé, biloute! » aux véhicules ch'tis? C'est vrai, les parlementaires siègent peu nombreux pour négocier ces jours-ci la réforme des institutions françaises. Mais pas d'inquiétudes: le collectif Jamais sans mon département veille, lui, à la sauvegarde de l'identité française.

Pendant ce temps, au Parlement …
Enfin, ajoute Le Figaro, « les élus ont aussi mis en avant des arguments économiques, soulignant l'impact de la connaissance des plaques d'immatriculation pour l'elaboration des campagnes touristiques ». De quoi faire réfléchir les syndicats qui se mobilisent contre la suppression des 35 heures, la retraite après 4I ans de cotisation, ou encore la baisse du pouvoir d'achat: la reprise de la croissance passera d'abord par deux numéros inscrits au cul des bagnoles.
Que Jamais sans mon département ait réussi à réunir I70 parlementaires, dont plusieurs élus de gauche, et à occuper une telle place dans les journaux, ne relève pas seulement du ridicule. Lorsqu'on regarde l'importance des lois votées en ce moment et le taux de fréquentation des hémicycles, ça devient vraiment incompréhensible. À moins que le gouvernement prévoie de s'en servir pour amorcer la suppression des départements (comme le recommandait le rapport Attali), mais ça, Le Figaro n'en parle pas, et ce serait prêter au prési-dent de bien vilaines intentions.
MARINE CHANEL

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