un monde complexe-Le monde diplo-juin 2008

Publié le par croco


JUIN 2008 - LE MONDE diplomatique    
 
Un monde « complexe» 1
1. IL EST DES JOURS où le monde - «échiquier complexe» de «Pays complexes» aux «problèmes complexes», tel que l'énonce Mme Ségolène Royal, quand elle n'entrevoit pas les «réalités multiples et diverses de la société présente» -, il est des jours, donc, où ce monde supposé «complexe», voire «fractal», se révèle au contraire dans son étonnante simplicité.
Ainsi de ce mardi 29 avril. Au nord, d'abord.
A Amiens, la direction de Goodyear annonçait la suppression de quatre cent deux emplois. Et le président-directeur général prévenait: «C'est un premier plan, et on en annoncera vraisemblablement d'autres par la suite (1).» C'est que, par référendum, les ouvriers avaient refusé une ( modernisation) de leurs horaires; trop rigides.
Même histoire à Mandeure, dans le Doubs, chez Peugeot Motocycles. Sauf que là, les syndicats ont cédé au  <<chantage>> - selon le mot du ministre Xavier Bertrand lui-même*. L'entreprise automobile va récompenser les salariés: « En échange d'un accord sur les trente-cinq heures, ils ont obtenu le maintien de l'emploi (2).» ...
Chez Airbus, enfin, où «tous les sites français observaient un nouveau débrayage, le troisième en quelques jours pour l'usine picarde. Les salariés dénoncent un manque d'équité dans le processus de vente des sites allemands et français (3) ». A cause de la «dégradation du dollar face à l'euro et des conditions de crédit», le sous-traitant Latécoère ne veut plus racheter ceux de Saint-Nazaire et de Méaulte (qui fabrique les pointes avant). Du coup, la direction d'European Aeronautics Defence and Space (EADS) prévoit de refiler le bébé « à des investisseurs "plutôt financiers'; indique-t-on en interne .
Au sud, maintenant, à Tunis, où séjournait M. Nicolas Sarkozy.
Hormis les polémiques sur les droits de la personne, sur l'<<espace des libertés [qui] progresse>> ou non, le président «s'est félicité de la "décision de la Tunisie d'acheter dix-neuf Airbus".
Dans la foulée, il a annoncé "l'installation d'une usine de deux mille personnes dans l'aéronautique" . Et qui donc va s'implanter ici !
<<L'idée de subordonner l'achat d'Airbus à l'installation par Latécoère sur le sol tunisien avait été évoquée>> (4). Et pour quelle production? Des pointes avant.
La logique, basique et planétaire, du profit. Déjà exprimée sans complexe, par Mme Laurence Parisot devant les chefs d'entreprise tunisiens:
« Questionnée à deux reprises sur la question des délocalisations,  la présidente du patronat français s'est déclarée en faveur de ce phénomène, même si elle a toujours pris soin de ne pas utiliser le mot délocalisation. "II faut accepter qu'il y ait des déplacements d'activités, pour permettre l'installation d'autre activités à plus grande valeur ajoutée en France",** dit-elle en ajoutant: <<nous sommes convaincus qu'il faut que ce qu'on ne peut plus produire pour des prix compétitifs parte ailleurs ( ... ). Mon seul problème c'est de convaincre le président (M. Nicolas Sarkozy): Lorsqu'il voit une usine qui va fermer, ses tripes se serrent*** et [il] a du mal à supporter" (5).»****

L'obstacle paraît surmontable ... D'autant que le reste est réglé.
Depuis le premier janvier 2008, la Tunisie constitue une zone de libre-échange avec l'Union européenne, incluant une franchise douanière pour les ·produits industriels.
Par ailleurs, ce même pays taxe à 0 % les bénéfices issus de l'exportation - un «régime d'incitations offshore majeur de la Tunisie dans la compétition internationale pour attirer les investissements directs étrangers» (6).

François Ruffin

(1) France Inter, 29 avril200S:
(2) Les Echos, Paris, 30 avril 200S.
(3) Le Courrier picard, Amiens" 30 avril200S. (4) Les Echos, Paris, 30 avril 2008.
(5) Ibid.
(6) La Lettre de Tunisie, janvier 2008.

Le coin du croco:

*Bertrand serait vraiment gentil? Fais gaffe Xavier, tu vas te faire des ennemis.

**Ce qui veut dire à peu près ceci: Vaffà n'culo, non troppo culo ma culo culo.

***Néron pleurait en regardant Rome brûler pendant que sa doudou maman lui faisait une turlute. Mais je vous vois venir petits canaillous. Vous allez dire: <<On ne peut pas comparer et blablabla...>>. N'empêche que pour gouverner, le gentil Sarkozy n'a pas hésité à bouffer dans la gamelle du pitbull.

****Doudou Laurence Parisot? Et pourquoi pas: Doudou Laurence Parisot-Sarkozy? Hé hé, sait-on jamais...





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Publié dans Revue de presse

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